En accordant le don de l’indulgence plénière aux malades du coronavirus dans l’incapacité de recevoir la communion, le sacrement des malades et la confession, l’Église témoigne de la miséricorde infinie de Dieu. Avec une règle toute simple : en l’absence de prêtre, on fait ce que l’on peut !

Dans une configuration générale où de nombreux fidèles n’ont plus accès à leurs prêtres, cette disposition du Saint-Siège a soulevé une question : pourquoi le pape François n’étend-il pas par exemple la faculté d’entendre les confessions par téléphone ? Tout simplement parce que ce n’est pas possible.

 

Autre questionnement, puisqu’en l’absence de messe, les fidèles sont invités à faire une « communion spirituelle », est-il possible de faire de la même manière une « confession spirituelle » en l’absence de confesseur ? Quelles en seraient alors les conditions et les fruits de grâce ?

Les sacrements supposent une présence réelle, pas virtuelle. Car ils sont dans la logique de l’Incarnation, dont ils sont comme la continuation. Le Verbe s’est fait chair pour qu’on puisse le voir, l’entendre, le toucher. Le saisir par nos sens et pas seulement par notre intelligence.

Lorsque le prêtre dit « tes péchés sont pardonnés », c’est la voix du Christ lui-même qui parle par sa bouche. » Le Christ emprunte au prêtre son humanité pour nous parler, pour nous toucher et nous saisir à travers lui. Le Christ se rend présent (sacramentellement) par cette présence physique du prêtre qui en est le signe et l’instrument. Sans le prêtre, l’absolution est impossible.

Si la célébration du sacrement n’est pas possible, la seule chose que le fidèle puisse faire sont les 3 actes du pénitent (la « matière » du sacrement) : l’aveu, la contrition, et la pénitence. Mais il ne peut pas recevoir la partie du prêtre, l’absolution. Ce ne sera donc pas un sacrement, mais ce sera au moins le commencement d’un sacrement (sa « matière »), ce qui est déjà source de grâce.

On pourrait faire l’aveu de ses péchés par téléphone (ce qui pose tout de même la question du respect de la confidentialité), mais on ne pourrait pas recevoir l’absolution. La règle toute simple est qu’en l’absence de prêtre, on fait bien ce que l’on peut. Au Moyen Âge, c’était l’exemple classique du soldat sur le champ de bataille. Que faire dans cette situation ? S’il n’y a pas de prêtre, on se confesse alors à un compagnon d’arme. Et si l’on n’a pas de compagnon, on se confesse à son cheval. Et si l’on n’a pas de cheval, on se confesse à son épée, qui est en forme de croix. Pour saint Thomas d’Aquin, le pénitent aura ainsi satisfait au précepte de l’aveu. Pour lui, cette contrition sans aveu et sans absolution sera un « quasi-sacrement ». Ce ne sera pas une confession complète, mais c’est déjà mieux que rien. Par contre, ce que l’on peut faire, on doit le faire. Si l’on décide de se confesser dès que cela redeviendra possible, on recevra alors la grâce du sacrement de manière plus complète.

On doit commencer par un acte de contrition. Et si la contrition est parfaite, elle peut aller jusqu’à la rémission complète des péchés. Dieu n’est pas limité par le régime des sacrements qu’il a institués, et peut accorder la grâce du sacrement sans le sacrement lui-même (cf. St Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIIa,Q.64,art.7) à condition d’en avoir les dispositions spirituelles, ce qui implique une vraie conversion (regretter ses péchés avec le ferme propos de ne plus recommencer ; les rejeter par amour de Dieu). Autrement la contrition ne serait qu’imparfaite et n’entraînerait pas la pleine réconciliation avec Dieu, qui suppose l’amour de Dieu puisque Dieu est amour. Et cela implique aussi la volonté de le réparer (satisfaction), en faisant pour cela ce qu’il faut. Tous nos actes de pénitence, quels qu’ils soient, peuvent réparer nos péchés. La difficulté est qu’on ne s’impose pas à soi-même la pénitence sacramentelle. On ne la décide pas soi-même, mais on la reçoit de l’Eglise, d’un prêtre. De même qu’on ne s’administre pas à soi-même les sacrements, on les reçoit de Dieu par la médiation de l’Église. Là encore, on fait bien ce que l’on peut. Le Seigneur voit notre pénitence, il voit notre cœur brisé et humilié ; Il voit notre désir de réparer nos fautes et les actes que nous posons pour le faire… et il peut compter cela pour justice. Le mot « satisfaction » vient de satis en latin qui signifie « assez, cela suffit ». Nos pénitences seront toujours symboliques par rapport à la profondeur et à l’étendue mystérieuse du mal que nous ne percevons pas dans sa pleine lumière. Mais le Seigneur peut nous dire que cela suffit, que nous avons fait ce que nous pouvions, comme cette pauvre veuve qui apportait au Temple ses deux piécettes de rien du tout, et qui a donné ainsi plus que tous les autres.

Le Pape ne peut pas changer le sacrement lui-même parce que ces quatre éléments essentiels (aveu, contrition, satisfaction, absolution) sont de droit divin et ne peuvent pas être changés, quelle que soit la forme du sacrement, quel que soit son régime. Mais le régime des indulgences peut être étendu. Cela, l’Église peut l’ouvrir plus largement, comme on le fait par exemple pour des jubilés ou pour des pèlerinages, en disposant du trésor de satisfactions des saints.

Message du Pape vis-à-vis de la confession pendant l’épidémie :

https://www.youtube.com/watch?v=vAJ1NiGhwvs&feature=emb_logo