Journée mondiale de prière et d’action contre la traite des êtres humains

 

Le 8 février est la Journée mondiale de prière et d’action contre la traite des êtres humains. La date ne doit rien au hasard puisque qu’elle correspond à la fête de Sainte Joséphine Bakhita, une Soudanaise qui a été vendue comme esclave, maltraitée puis rendue libre. Lancée par le Pape François en 2015, cette journée marque l’importance de se mobiliser ensemble pour lutter contre toutes les formes de traite des êtres humains. Au cœur de cette démarche, il s’agit de promouvoir la dignité de chaque personne.

12 février 2018 : Le pape François rencontre les participants à la 4e Journée mondiale de prière et de réflexion contre la traite d'êtres humains. Vatican. DIFFUSION PRESSE UNIQUEMENT. EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS. February 12, 2018: Pope Francis meets participants in the "World Day of Prayer, Reflection and Action Against Human Trafficking", at the Vatican.

« Il y a indubitablement une grande ignorance sur le thème de la traite. Mais parfois, il semble qu’il y ait également peu de volonté de comprendre la portée du problème. Pourquoi ? Parce qu’il touche de près notre conscience, parce qu’il est scabreux, parce qu’il nous fait honte », disait le Pape François en février dernier. Le Vatican vient de présenter des orientations pastorales sur la traite des personnes. Ceci est le fruit d’un processus qui a duré des mois à la suite de consultations avec des conférences d’évêques, des organisations catholiques et communautés religieuses et des experts du domaine, dont le réseau Caritas au niveau mondial et le Secours Catholique, coordinateur du Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains » en France.

Ce texte de référence invite à changer les mentalités. Il est aussi une invitation à agir. Il présente la traite des êtres humains et soutient la lutte nécessaire à long terme contre ce fléau atroce. L’objectif principal est d’être une ressource pour ceux qui veulent s’impliquer :  les diocèses et paroisses catholiques, les congrégations religieuses, les écoles et universités, les associations…la société civile dans son ensemble. Le Pape désire que les femmes et les hommes de tous pays et toutes origines prennent conscience d’un phénomène global qui dépasse la responsabilité de tel ou tel État. Il appelle à une véritable mobilisation contre ce fléau.

Alors que les termes « trafic des migrants » (faciliter le passage d’une personne d’un pays à un autre) et « traite des êtres humains » (recruter une personne dans le but de l’exploiter) recouvrent des réalités différentes, trop souvent, les politiques font l’amalgame ne considérant que l’aspect sécuritaire de la chose sans s’intéresser assez aux victimes. 

En France, l’Église est déjà impliquée pour lutter contre ce fléau et pour accompagner les victimes

Traite des êtres humainsUn travail de sensibilisation du grand public et de prévention des publics à risque est mené avec l’appui de supports créés dans ce but. Des films et livrets pédagogiques ont été réalisés par le Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains ». #INVISIBLES (sur les différentes formes de traite des enfants en France) et #DEVENIR (sur l’accompagnement des enfants victimes et la prévention) sont accessibles sur youtube en français, en anglais, en italien ainsi qu’en russe et kirghize. Les films ont reçu le prix de la dignité et des droits de l’enfant lors du festival international des droits de l’homme au Kirghizstan. Des soirées grands publics (dans des paroisses, des équipes du Secours Catholique, des congrégations, des cinémas, des établissements scolaires, à la maison du Barreau, à la Maison des Evêques de France… se multiplient avec un fort engagement des associations confessionnelles et des communautés religieuses associées, de journalistes, et d’autres membres de la société civile. Des maires s’impliquent sur certains territoires en lien avec l’Éducation nationale et l’Enseignement Catholique pour toucher les jeunes et équipes éducatives de lycées et collèges.

Des journées de formation s’adressent spécifiquement aux professionnels (police, justice, pompiers, secouristes, travailleurs sociaux, éducateurs, animateurs, enseignants…) et aux bénévoles pouvant être en contact avec des personnes victimes de traite.

Nombreuses sont les associations et les communautés religieuses engagées sur le terrain de la traite humaine pour accompagner les victimes : tel le Foyer AFJ géré par les Sœurs adoratrices et accompagnant des femmes victimes de la traite à des fins d’exploitation sexuelle ; ou les Champs de Booz, créée par deux congrégations Notre Dame de Charité et Le Bon Pasteur et soutenues par 22 autres, qui vient en aide aux femmes seules, demandeuses d’asile, en cours de régularisation et d’insertion parmi lesquelles sont repérées des victimes de traite ; ou encore Aux captifs, la libération, créé par un prêtre, qui fait un travail de rue et des maraudes auprès des victimes.

Le travail en réseau se développe : le Secours Catholique – Caritas France y est très engagé avec les Caritas d’Europe dans le réseau mondial Coatnet (Chrétiens contre la traite) coordonné par Caritas Internationalis. Des congrégations religieuses sont membres du réseau Renate, formé par des religieuses engagées en Europe contre la traite humaine et l’exploitation.

L’Église, en France mène des actions de plaidoyer au niveau local, national, européen et mondial afin que les politiques prennent en compte les victimes de traite et luttent contre ce fléau. Des associations et congrégations interpellent régulièrement la Commission européenne, le Conseil de l’Europe et l’ONU, parfois avec la Commission Nationale Consultative des droits de l’Homme ou/et le Défenseur des Droits. Par exemple, présentation au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU et au Comité des droits de l’Enfant dans le cadre du suivi de la Convention Internationale des droits de l’enfant, de propositions pour lutter contre la traite des enfants : sensibiliser à ces phénomènes « cachés », protéger les enfants à risque, aider les victimes de traite à se reconstruire, établir un statut de victime sans criminalisation des enfants ; donner un représentant légal pour chaque enfant ; permettre l’accès à des interprètes ; développer des formations sur la traite des enfants à destination des professionnels et bénévoles ; ouvrir les politiques d’immigration.  Autre exemple, à l’occasion de l’Examen Périodique Universel de la France, le Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains » coordonné par le Secours Catholique a élaboré un document sur la position de la France en matière de traite des êtres humains et vis-à-vis des mineurs non accompagnés, particulièrement vulnérables à l’exploitation.

Les défis à relever

Dans ce contexte, nous vous proposons trois défis à relever ensemble :

  • Changer les mentalités et accroître l’identification des victimes de traite des êtres humains, en particulier parmi les personnes réfugiées et migrantes,
  • Mettre en place des voies légales et sûres pour les personnes réfugiées et toutes les personnes en déplacement (pas seulement « réfugiées ») est une urgence. Et intensifier nos efforts pour lutter contre l’exploitation sexuelle, l’esclavage domestique, le mariage forcé ou détourné, le trafic d’organes, le travail forcé, l’obligation à mendier, la contrainte à commettre des délits, l’utilisation d’enfant dans des actes terroristes…
  • Faire en sorte que les entreprises et les sociétés examinent attentivement leurs chaînes d’approvisionnement pour éviter les risques d’exploitation par le travail. Nous devons changer d’urgence le modèle économique mondial et garantir un travail décent pour tous. Les organisations internationales, les entreprises internationales ont la possibilité de s’assurer que leurs produits sont exempts de toute forme d’exploitation et de traite des êtres humains. Et en tant que consommateurs, aller dans le même sens.

Pour lutter efficacement contre la traite des êtres humains, adoptons une approche fondée sur les droits de l’homme. En France, il est urgent que le deuxième Plan National de lutte contre la traite des êtres humains voit le jour avec des moyens conséquents. Cela semble « en panne » ! Le gouvernement aussi doit agir.

Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes

Geneviève Colas, Secours Catholique, Caritas France
Traite des êtres humains, mineurs isolés et justice juvénile

source:https://eglise.catholique.fr/

 

2019-02-08T09:56:31+00:00